{"id":11455,"date":"2012-03-22T21:11:35","date_gmt":"2012-03-22T19:11:35","guid":{"rendered":"http:\/\/vpmedias.fr\/?p=11455"},"modified":"2012-03-22T21:11:35","modified_gmt":"2012-03-22T19:11:35","slug":"page-blanche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/vpmedias.fr\/?p=11455","title":{"rendered":"Page blanche \u00a9"},"content":{"rendered":"<p>Criante de v\u00e9rit\u00e9, elle nous guette et se tait.<br \/>\nImpossible de n\u2019en tirer id\u00e9e, inutile de chercher l\u2019entit\u00e9.<br \/>\nElle est lasse de tout dialogue, affranchie de toute description, \u00e0 l\u2019encontre de tout art. Elle nous tue, sans amertume je me tus. De sa blancheur effrayante, elle attire le regard dans un vide hagard de toute vie. L\u2019inspiration s\u2019\u00e9chappe, sans ne jamais se retourner, en veillant \u00e0 ne jamais se retrouver avant cette page tourn\u00e9e.<br \/>\nVide, incapable, inutile, laissant place au suicide de la langue futile. Ex\u00e9crable. Elle se moque en silence, ironique, fi\u00e8re de sa sentence, pr\u00eate \u00e0 priver l\u2019auteur de toute \u0153uvre prometteuse.<br \/>\nFaute de se creuser le cerveau, elle nous tort les boyaux, ricanant dans un \u00e9cho de peine.<br \/>\nDouleur, d\u2019abandonner l\u00e2chement ce bout de papier. Ranc\u0153ur, r\u00e9sign\u00e9, convaincu que le bon moment sera de la partie une fois prochaine, \u2026<\/p>\n<p>Page blanche. Ecrivain phobique, elle accompagne nos journ\u00e9es, hante notre esprit et nos nuits, s\u2019infiltre dans toutes nos pens\u00e9es, sans jamais s\u2019y d\u00e9p\u00eatrer.<br \/>\nComme un couteau dans le dos, elle surprend \u00e0 toute heure, jamais on ne s\u2019y attend. Ne m\u2019appelez plus Rimbaud, dans la ranc\u0153ur, je pleure.<br \/>\nR\u00e9cit abandonn\u00e9, ironie d\u00e9plac\u00e9e, empathie inconsid\u00e9r\u00e9e, \u2026 Elle m\u2019ach\u00e8ve.<\/p>\n<p>L\u2019imagination s\u2019envole, s\u2019estompe, me rie au nez en laissant derri\u00e8re elle un vide infini, \u00e9tourdissant et affolant. Aucune phrase ne tient la route, laissant place au doute. Aucun mot ne trouve sa place, la situation est cocasse.<\/p>\n<p>D\u00e9chu, incapable.<br \/>\nAbattu, immoral.<br \/>\nD\u00e9\u00e7u, je m\u2019\u00e9vade.<\/p>\n<p>L\u00e2chet\u00e9, d\u00eetes le moi comme vous voulez, mais consid\u00e9rez ce d\u00e9chet comme un sonnet. Silencieux, invisible, il bercera votre lecture. Mieux vaut-il \u00e7a qu\u2019un amas d\u2019injures pour la litt\u00e9rature.<\/p>\n<p>La page blanche \u2026 Elle d\u00e9bute blanche, et termine blanche. Fade. Pas une once de surprise, seulement l\u2019absence de sens. Aucune logique, aucun but, aucune \u00e9thique, elle me rebute. Reprise par le temps, elle se ternira un jour ou l\u2019autre, sous les coups d\u2019une plume revancharde, rancuni\u00e8re. Pri\u00e8re faite, que ce moment ne tarde \u2026<\/p>\n<p>Blanche comme neige, presque beige, elle conserve le n\u00e9ant de ma plume me menant \u00e0 l\u2019amertume.<br \/>\nImpossible d\u2019en tirer nulle satisfaction, car au fond, elle m\u2019attend impassiblement. Je suis \u00e0 genou, elle au garde-\u00e0-vous, le glaive lev\u00e9 au dessus de ma t\u00eate, je me l\u00e8ve, mais m\u2019ent\u00eate.<br \/>\nJe cherche, fouille, creuse, au fin fond mon \u00e2me, de mon c\u0153ur, c\u2019est inf\u00e2me, je me leurre, \u2026 elle m\u2019\u00e9c\u0153ure. Rien ni personne ne parviendra \u00e0 recouvrer mon inspiration, ni m\u00eame la voix de la raison.<br \/>\nMon pouvoir repose en l\u2019\u00e9criture \u2026 mon d\u00e9sespoir s\u2019impose \u00e0 la rature. J\u2019\u00e9cris, puis j\u2019efface. Je suis dans l\u2019impasse. Celle qui ressasse, sans usure, les mots que je chasse.<br \/>\nUne id\u00e9e, un sujet, un mot-cl\u00e9, une entr\u00e9e. Et pourtant, m\u00e9content, je comprends qu\u2019un roman \u00e0 succ\u00e8s se compose bien plus d\u2019une phrase lanc\u00e9e, tout contraire d\u2019une prose. Phase difficile pour l\u2019auteur amateur que d\u2019en \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 \u00e9crire non selon ses envies, mais celles de la vie.<\/p>\n<p>Un jour, l\u2019inspiration est l\u00e0. Toujours, je fonds dans le tr\u00e9pas. Pourquoi ? Demandez donc \u00e0 Voltaire, Ionesco, Villon, Hugo, entendre ce qu\u2019ils vous diront, d\u00e8s lors qu\u2019ils n\u2019auront pas choix d\u2019\u00e9crire leurs \u00e9mois.<br \/>\nLe destin farceur pr\u00e9f\u00e8rerait-il ne s\u2019attaquer qu\u2019au modeste auteur ? Celui qui ne demande autre qu\u2019\u00e0 donner libre aux \u00e9motions ivres et aux confessions d\u2019ap\u00f4tre ?<\/p>\n<p>Comme un orage qui s\u2019abat sur moi, comme un ouragan arborant peine et vent, absence de mot, absence de temps. C\u2019est le n\u00e9ant.<br \/>\n\u00d4, qu\u2019un lecteur ne daigne lire mon bagne, qu\u2019un courageux veuille me rendre heureux. Impossible, sans une ligne.<br \/>\nProbl\u00e8me caus\u00e9 par moi-m\u00eame, et surement un destin enfantin. Apportez-moi, connaissances, imagination mise en sc\u00e8ne avec aisance. Enlevez-moi ce vide incessant, cette monotonie d\u2019antan, ce sommeil harassant.<br \/>\nJ\u2019\u00e9cris, je crie \u2026 j\u2019inscris, j\u2019envie. J\u2019envie ces auteurs aux hauteurs inaccessibles et aux humeurs festives.<br \/>\n\u00d4, Dieu de la plume, envieux d\u2019amertume, avec moi tu ne fais qu\u2019un. J\u2019inhume le parfum, celui d\u2019un vide trop plein, qui ne se r\u00e9sume que par un mot : Rien.<\/p>\n<p>Au d\u00e9tour d\u2019une ligne, je tente de tromper son attention, non digne de toute invention, mais sa vigilance m\u2019hurle sans h\u00e9sitation, de m\u2019arr\u00eater rapidement. Je me pose alors la question : Aurait-elle raison ? Devrais-je peut-\u00eatre attendre le bon moment, au lieu de m\u2019ent\u00eater dans ce mal-\u00eatre \u2026<\/p>\n<p>Tout compte fait, je pr\u00e9f\u00e8re capituler.<\/p>\n<p>Laissons les mots venir, se construire, sans se retenir. La page blanche, est un mauvais souvenir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J&rsquo;avais simplement envie de partager avec vous l&rsquo;une de mes \u00ab\u00a0nouvelles\u00a0\u00bb. 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