Confessions de Basile Peninib, leader déchu

Incompréhension. Consternation. Comment expliquer ce fiasco ? Je croyais avoir pourtant bien préparé mon coup. J’étais confiant, sûr de ma force. 

La journée commençait bien. Au quartier général de notre campagne, j’étais en réunion avec mes collègues John Casey, ancien ministre et Chuck Bartowski, vendeur en informatique/électronique reconverti leader politique. Nous étions de bonne humeur en lisant les nouvelles du journal fraîchement livré. Notre candidate, la ravissante agent secret Sarah Walker, est en tête des sondages. Depuis plusieurs jours, elle alerte les Rémois sur la situation de la gastronomie locale, le sujet qui inquiète le plus les citoyens en raison du Criticovirus. Plus récemment, le thème people est apparu dans son discours et sa clairvoyance est récompensée aujourd’hui : une altercation entre les rappeurs La Buse et Baloo défraie la chronique. Notre allié n’est certes pas au maximum de sa forme, mais on peut lui faire confiance pour rebondir. La fin de campagne se profile pour le mieux. Notre candidate est enjouée ; en plus du succès de notre campagne, sa mission nationale à l’Assemblée s’annonce positivement.

Je vais vous faire une confession : nous avions déjà entamé les démarches avec les producteurs locaux pour commander le champagne. Le second tour de l’élection arrive dans cinq jours et tout doit être prêt pour célébrer la victoire.

Dans l’après-midi, je prépare le discours que je vais présenter ce soir à mes concitoyens. Je les retrouve à la salle des fêtes pour parler de mon thème de prédilection, la gastronomie. Le sujet passionne les Rémois, il a fait la une du journal quotidiennement depuis quatre jours. Je révise le plan, relis mes petites fiches et m’exerce vocalement. Je maîtrise le sujet parfaitement. Il était au cœur de mon intervention au zénith de Reims il y a deux jours de cela : un franc succès. Le moral et le charisme sont au beau fixe. C’est certainement ce qui a poussé Sarah à me reconduire pour cet exercice. 

L’enjeu est important, je le sais. Nos électeurs sont nombreux en ville, mais peu militent ouvertement pour nous. Le vote Sarah Walker est un vote caché, presque honteux, je le sens. Il faut convaincre nos électeurs de s’affirmer.    

Lorsque j’entre dans la salle des fêtes, je suis déjà plus mitigé. J’ai appris il y a quelques minutes que l’un de nos principaux concurrents, Aurelienvautard, a alpagué les foules sur la place du marché, sur le thème de la gastronomie. La place était pleine et l’ovation s’est entendue jusqu’ici. Pire, une indiscrétion de mon allié Cabasson m’indique qu’au stade Auguste-Delaune, il va traiter du même thème. Il évolue à guichet fermé.

L’inquiétude grandit lorsque les projecteurs cessent de m’aveugler. Je trouve une salle vide à moitié. J’ai toujours été optimiste, je préfère la voir à moitié pleine. Je lance mon discours et je peux déjà le dire : ce ne sera pas un grand soir pour moi. A 21h30, j’annonce que les restaurants ne pourront rouvrir avant l’été. Mais à 21h43, alors que je veux montrer l’efficacité de notre candidate dans la lutte contre le Criticovirus, je promets à tous qu’ils seront autorisés rapidement à accueillir des clients. Je suis contraint de revenir sur mon propos, sous les huées et les tomates. 

Les premiers sondages à la sortie du meeting tombent à 22h30 selon les syndicats, 21h15 selon Bananus. Mon concurrent sur la place du marché a attiré plus de Rémois. Ceux qui sortent de mon meeting affirment en majorité que je les ai convaincus…de voter pour un autre. Notre trésorière de campagne fait la gueule, nous ne récupérons pas la moitié de la somme investie pour réserver la salle. C’est un échec total.

Je crains maintenant de retrouver Sarah. Derrière le sourire malicieux qu’elle arbore habituellement se cache une férocité à laquelle je ne veux pas être confronté. Elle m’a recruté par défaut au début de sa carrière. Elle ne le dit pas, mais je sais qu’elle n’aime pas mon nom. Dans les coulisses, dans mon dos, elle me surnomme “Basile Pénible”. En rentrant au QG où le matin même je me tenais l’esprit guilleret, je suis désormais abattu. Le meeting au zénith qui était prévu demain ne figure plus dans mon agenda. On me dit que c’est mon collègue John, l’ancien ministre, qui se tiendra sur l’estrade. 

Je dois maintenant mettre les bouchées doubles pour retrouver les faveurs de Sarah. Une petite voix me suggère d’accepter les propositions de plus en plus nombreuses provenant de ses concurrents. Il m’est de plus en plus difficile de les refuser…

Auteur : Sarah Walker

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5 commentaires

  1. Basile est surement un orateur très médiocre !
    Mais sa plume est juste incroyable ;)

    Ce serait-il fait aider par Sarah ?

  2. Tiens, Basile parle de Reims sans parler du grand Bdiskwowjqosnwid, pourtant à 14 % en one-shot et sans allié, sans doute un oubli :fouet:

  3. Merci pour vos compliments, ils m’encouragent à recommencer :)
    Je n’avais pas forcément prévu une suite à cette aventure. Le propos était surtout de partager mon désespoir face à un meeting raté que je n’ai pas vu venir !
    Je vais voir si je peux trouver un angle d’attaque pour raconter la fin de campagne et le second tour.

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